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Se détacher des liens obsessionnels

Son ex, un proche disparu, une chanson, un regret, sa mère, son père, une remarque humiliante, un sentiment de culpabilité, un moment d’extase… qui tournent en boucle dans notre tête. Comment arrêter ces pensées obsessionnelles, et les sentiments de frustration, d’impuissance, de rage, de tristesse, de désespoir, qui les accompagnent ?

C’est étrange, on dirait que c’est plus ou moins la même depuis notre enfance. Une pensée unique qui reste scotchée comme un paquet de glu sur notre crâne, dans notre ventre ou sous nos pieds. Avec éventuellement quelques variantes, mais c’est bien la même énergie qui traverse le temps et l’espace pour nous emprisonner dans notre propre tête, comme une casserole attachée autour du cou.

Et si, contrairement aux apparences, la persistance de la pensée obsessionnelle nous indiquait qu’il s’agit là d’une thématique de vie fondamentale que nous n’arrivons pas à voir ? Plus nous sommes liés, plus nous serions proches de la racine du problème. Quelle chance alors d’avoir sous nos yeux, écrite noir sur blanc, répétée sur des pages et des pages, la solution à notre souci. Car oui, tout problème ou toute question comprend déjà en soi sa solution ou sa réponse. C’est comme les maladies qui peuvent être comprises comme une agression extérieure ou une alerte de dysfonctionnement, dans ce dernier cas elles surviennent pour nous guérir ou nous encourager à trouver les bons moyens pour avancer. Mais souvent, pris de panique, nous nous précipitons pour détruire la pathologie, effaçant son message et étouffant nos capacités d’autorégulation.

Appréhender la situation avec un autre point de vue. D’un peu plus haut, d’un peu plus loin, pour avoir un panorama plus large et découvrir que le monde est plus vaste que ce que l’on croyait. Toutefois, avant de grimper en hauteur, il vaut mieux d’abord calmer l’émotionnel, ralentir le flux mental, se relaxer un minimum. Pas la peine d’escalader la montagne avec des chaussures glissantes et des bras tremblotants, on prend un peu de temps pour se préparer. Pas trop parce qu’on n’est pas non plus obligé de choisir le mont Everest, on peut faire le même travail avec la petite colline d’à côté. Cela veut dire qu’on peut choisir une sensation facile et suivre avec attention son évolution, utiliser notre bon sens avec des phrases de réconfort simples (par exemple, un des quatre accords toltèques) et ainsi prendre concrètement du recul. C’est grave et ce n’est pas grave en même temps. « Quoi qu’il arrive, je n’en fais pas une affaire personnelle », « je fais de mon mieux » et « je n’interprète pas ». Et je me traite de manière douce et respectueuse avant de lancer mes répliques à l’extérieur, de manière ferme mais factuelle, pour « une parole impeccable ».

Le retour à soi et en particulier à ses sensations corporelles, dans une agitation bouillonnante qui s’apaise avec les minutes de silence et d’immobilité où l’on ne fait que s’observer, comme si l’on suivait une star dans un film de cinéma, permet de laisser s’échapper la vapeur de la cocotte mentale et de réduire le feu des émotions.

Patience, prendre le temps de ressentir les remous intérieurs un à un, celui qui est le plus tangible, juste là, maintenant. Et lorsqu’il se dissout (après tout, ce n’est que de l’écume), continuer avec le suivant, qui peut tout à fait être le même (une vague ressemble aux autres vagues). Avoir confiance dans le processus qui ne reste jamais figé, c’est nous qui le figeons avec notre peur qui nous fait nous cramponner à nos souffrances. Se laisser couler dans la situation inextricable, comme de l’eau dans le flux de la vie. Tout ce qui vit change. On n’a pas besoin de faire d’efforts pour se détacher des pensées obsessionnelles, au contraire cela les renforcerait. On a juste à les laisser vivre leur vie. On pourra alors plus facilement vivre la nôtre.

C’est le fait de nous observer vivre pleinement les épreuves liées aux pensées obsessionnelles qui les dissoudra dans le vaste espace de la conscience.

Thi Bich

En mode off sur les réseaux sociaux

Pourquoi est-ce que je communique si peu sur les réseaux sociaux ? Alors que c’est un outil idéal pour rester en contact ?

Parce que je me sens toujours proche de mes amis lorsque je pense à eux, parce que j’ai expérimenté la réalité de l’inter-être sans contact (wifi du réseau pleine conscience) au Village des Pruniers.

Parce que je préfère être libre de consulter les informations que je veux au moment où je le souhaite, alors que j’aurais tendance à vouloir regarder plusieurs fois par jour les réseaux lorsque je poste une information (est-ce que ça les intéresse ? est-ce que l’info a été utile ? combien de likes ?).

Parce que j’aime consulter les informations et les commentaires partagés par les autres, mais sans avoir à préciser systématiquement si j’aime ou si je n’aime pas. Quand je me promène dans la forêt, j’aime les fleurs et je n’aime pas les sacs en plastique. J’apprécie de découvrir au hasard du chemin des fleurs cachées et je serais déçue de les trouver signalées par des panneaux indicateurs. Je laisse (toujours) les fleurs tranquilles et je ramasse (quelquefois) des déchets s’ils ne sont pas trop dégoûtants. Tout cela me renseigne sur l’état du monde et sur moi.

Parce que je trouve les autres très doués pour dénicher des super vidéos et partager des informations incroyables, alors que moi je suis plutôt douée pour observer en silence et écrire des articles.

Parce que chacun a sa place pour faire ce qu’il sait faire d’unique et que si on faisait tous la même chose, il n’y aurait plus de place pour tout le monde.

Parce que les informations dont j’ai besoin m’arrive toujours d’une manière ou d’une autre et je dirais même, au moment exact où j’en ai besoin. Parce que j’ai l’impression que les personnes qui ont besoin de mes informations les trouveront d’une manière ou d’une autre, et plutôt par l’intermédiaire des autres que par moi.

Parce que mon métier est d’encourager les êtres à se suivre eux-mêmes en priorité et non pas à suivre quelqu’un d’autre et en tout cas pas moi. Lorsque chacun est soi-même sans suivre un modèle-type, les relations sont des partages équilibrés, constructifs et nourrissants.

Parce que c’est comme la télé, je n’ai jamais réussi à me servir correctement d’une télécommande et en plus, je n’ai jamais eu la télé.

Parce que je n’ai déjà pas le temps de passer du temps avec mes amis ou d’échanger en privé, alors je mets des priorités.

Plus je me respecte dans ce que je suis et dans ce que je fais, plus j’aime les autres tels qu’ils sont (mais pas forcément pour ce qu’ils font).

Don’t follow me please! Follow your pleasure!!!

Thi Bich

J’aide les autres, et moi qui m’aide ?

Est-ce que vous faites partie de celles (ce sont souvent des femmes) qui passent leur temps à aider les autres ? Aider les enfants (jusqu’à la majorité, c’est normal, c’est même légal !), le conjoint (une habitude devenue norme), les parents (normal, vu leur âge et leurs problèmes de santé, et puis ce sont quand même nos parents), les amis (ça sert à ça les amis, vive l’amitié), les collègues (il faut bien que quelqu’un le fasse, sinon ça va me retomber dessus), les proches en difficulté (s’il lui arrive quelque chose, je ne me le pardonnerai jamais…) et tous les autres connus et inconnus…

Si cela vous fait plaisir et vous apporte du bonheur, c’est parfait. Parce qu’au moins ce que vous faites a une utilité réelle, vous le savez puisque c’est vous le bénéficiaire. Si vous en avez marre, que vous êtes fatigués, laminés, pas contents, lassés, en colère, tristes, frustrés, impuissants, c’est parfait aussi. Parce qu’apparemment c’est le bon moment pour choisir si vous allez continuer ou pas à aider les autres alors que votre corps dit stop.

Admettons que vous ayez décidé d’appuyer sur la pédale de frein, histoire d’éviter le mur du ras-le-bol total ou du burn-out. Ce sont les autres qui ne vont pas être satisfaits, ils sont dans votre voiture, sur la banquette arrière ou le siège passager, et ils n’ont pas l’intention de s’arrêter de sitôt. Pourquoi s’arrêteraient-ils de recevoir votre aide ? C’est très chouette de se promener en votre compagnie, d’admirer le paysage, il suffit juste de donner des ordres culpabilisants ou des conseils obligatoires. Vous avez pris l’habitude de conduire et eux l’ont perdue. Il n’y pas d’autres solutions que de continuer ainsi, c’est plus efficace et tout le monde est en terrain connu.

Alors vous continuez à rouler avec vos passagers. Seulement voilà, le jour où vous aurez un accident, vous serez entièrement responsable et ceux qui se trouvent dans votre voiture vous feront porter la responsabilité de leurs blessures.

L’énergie des relations interpersonnelles est parfaitement équilibrée. Si vous donnez trop, vous prendrez – consciemment ou inconsciemment – ailleurs. Cela pourra être une forme de troc avec la même personne parce que vous recevez d’elle un bénéfice secondaire. Si la personne ne se laisse pas faire et vous refuse la contrepartie, vous allez vouloir demander ou prendre à une autre personne, de la même manière déséquilibrée que la personne précédente sauf que vous serez maintenant dans son rôle (sans forcément vous en rendre compte). Vous prendrez sans vouloir donner quelque chose en échange car vous aurez l’impression de vous être rémunérée équitablement en utilisant une personne suffisamment généreuse pour vous donner sans retour. Dernier cas de figure, vous ne voulez léser personne, vous n’osez pas demander, vous voulez conserver votre image de sainteté ou personne ne vous donne quoi que ce soit, alors vous êtes obligés de puiser dans vos propres ressources, déjà bien entamées.

Nos ressources sont à la mesure de ce dont nous avons besoin et elles sont calibrées pour nous. Si vous ne respectez pas vos besoins, vos ressources fondront comme neige au soleil et votre santé par la même occasion. Cela veut dire que vos ressources vont fonctionner pour l’autre comme un leurre, comme une clé qui rentre dans la serrure mais qui n’ouvre pas la porte car ce n’est pas la bonne. Tant que les autres sont sur votre porte, ça va, mais le jour où ils voudront entrer dans leur propre maison, si c’est votre clé qu’ils ont et pas la leur, ils resteront dehors.

S’aider soi-même, c’est prendre soin de sa maison intérieure pour y habiter. Quel plaisir alors de partager en invitant et en étant invités dans la maison de nos amis, de notre famille et de tous les autres. L’aide qui était assistance dépendante devient entraide et partage responsable.

S’aider soi-même, c’est s’aimer suffisamment pour prendre soin de soi en priorité. Aider véritablement les autres, c’est les aimer suffisamment pour leur permettre de retrouver la dignité et la liberté d’être pleinement eux-mêmes sans croire qu’ils ne sont pas assez forts pour puiser dans leurs propres ressources.

Le travail de conscience est d’aller contacter ses ressources à la source universelle de la vie présente en nous à chaque moment. On peut en prendre conscience rien qu’en respirant en conscience. Qui donc est là qui nous aide mystérieusement à respirer ?

Nous ne sommes pas seuls. Mais comme nous souffrons ou avons peur d’être seuls, nous passons souvent à côté de ceux qui peuvent nous aider, à commencer par nous-mêmes.

Thi Bich

La rentrée

Le premier jour d’école pour les enfants, c’est souvent l’effervescence.

J’ai des amis qui ont tout préparé pendant l’été : les fournitures achetées, les cahiers de vacances achevés, les habits qui attendent bien pliés, les enfants qui ont fait le plein de vitamines et de sommeil. Pour d’autres, c’est la précipitation, la nuit de la veille a été passée à essayer de trouver les affaires de la liste des fournitures, les chaussures et les vêtements à mettre, et à 22 heures les enfants ne sont pas encore couchés.

La rentrée des classes en dit long sur l’organisation des parents. L’état d’esprit des parents influe beaucoup sur l’état émotionnel des enfants. Alors on laisse les enfants tranquilles et on regarde ce qu’on peut faire pour notre enfant intérieur.

À l’école primaire, on m’a appris que 1+1=2 et quinze ans plus tard, j’apprends que le tout est plus que la somme de ses parties. Quand j’étais petite, j’étais super bonne en dictée et aujourd’hui, je perds mon orthographe à force de lire sur internet des articles bourrés de fautes de français. J’ai perdu la capacité à faire du calcul mental car les calculatrices et les smartphones ont remplacé mon cerveau.

Qu’est-ce que j’ai envie de retenir de tous mes apprentissages, de l’enfance à l’âge adulte ? Quelque chose qui me rapproche du petit prince :

On ne comprend bien qu’avec le cœur, l’essentiel ne passe pas par l’intellect.

Thi Bich

Ai-je bien fait ?

Que dois-je faire ? Est-ce que j’ai bien fait ?

Qui ne s’est pas posé au moins cent fois dans sa vie ces satanées questions ?

Que ce soit après avoir acheté un appartement, choisi un plat au restaurant, mis un pantalon rouge et un haut vert, recadré maladroitement une personne indélicate… le doute peut être accablant. Avant, c’est normal de se poser des questions. Après, c’est trop tard.

Trop tard pour quoi ? Pour revenir en arrière ? Heureusement. On avait tellement réfléchi, pris la précaution de se renseigner, de demander des conseils, on avait pesé le pour et le contre, en utilisant la raison et l’intuition. Mais pourquoi se fait-il que l’on se ressasse encore la décision passée ? Est-ce à cause de la peur et du malaise qui persistent et qui ont peut-être été générés par le doute qui s’est attardé ? Oui, non, bien, mal, bon, mauvais, plus, moins… On est pris dans le tourbillon de la dualité et de la polarité. Alors comment faire cesser la roue du mental ?

Imaginez qu’avant de faire votre choix, le fait de réfléchir, de rassembler des informations, d’analyser, de ressentir, était comme de pédaler sur un vélo. Plus vous avez pensé, plus vous avez pédalé et plus vous alliez vite. Toutes les informations que vous avez collectées vous ont permis d’éviter les obstacles, de dégager la vue, de rester en sécurité sur la route. C’est vous qui sélectionnez et qui construisez l’horizon en allant là où vous le souhaitez.

Au moment où vous prenez une décision, vous faites l’action de vous arrêter sur un choix, bref vous arrêtez de pédaler. Ne freinez pas brutalement, ne freinez même pas du tout pour ne pas casser le processus, cessez juste d’alimenter le mouvement des roues. Ce n’est plus la peine de continuer à cogiter, ça roule tout seul.

En ne pédalant plus, vous allez vous laisser porter par la vitesse impulsée par votre réflexion, votre intention, votre action. Vous pourrez profiter de la sensation de liberté et de mouvement, découvrir ce qui se passe en vous et autour de vous. Regardez à côté, devant, laissez-vous surprendre. Le vélo s’arrêtera naturellement, exactement là où il doit vous mener.

Quelque soit le chemin sur lequel il se trouve, à tout moment, le petit bonhomme devant les différents chemins a le choix, comme vous sur votre vélo. Ne vous fatiguez pas à toujours pédaler, freiner, donner des coups de volant. Après l’élan, lorsque vous ne contrôlez plus la vitesse ou la direction, le vélo glisse sans effort et vous pouvez contempler le paysage. Plus vous voyez du paysage, mieux vous vous connaissez. Vous faites l’expérience de votre véritable nature. C’est un sacré cheminement.

Bonne balade.

Thi Bich

Le premier pas

Tout commence pas un premier pas. Qui deviendra et devient ici et maintenant LE premier pas. L’unique, celui que l’on ne pourra jamais refaire, celui que personne ne peut, n’a pu et ne pourra jamais faire à notre place.

Chacun devrait être fier d’avoir franchi le pas. Reconnaissant à chaque pas. Sans se préoccuper du temps passé à le préparer. Avoir la sagesse de ne pas s’alourdir du passé et de passer le cap du temps. Pour créer le pas-sage.

On n’arrête pas de faire des premiers pas. Le tout premier, vous en souvenez-vous ? Et le dernier ? Alors, comme vos pas, qui sont finalement d’éternels premiers pas, soyez toujours le premier dans votre vie. Cela ne veut pas dire que les autres sont derrière, cela veut tout simplement dire que vous êtes le premier à vivre votre vie. En ne laissant pas les autres empiéter sur votre vie, vous leur offrez le passage pour marcher par leurs propres pas.

Lorsque l’on prend la responsabilité de faire ses propres pas, on marche aussi pour tous les autres. On s’en éloigne, on s’en rapproche, on transforme notre relation et on leur offre un nouveau point de vue.

Choisissons le point de vue qui nous est le plus bénéfique et laissons les autres choisir le leur. Notre liberté ne s’arrête pas là où commence celles des autres, elle commence là quand nous arrêtons de nous arrêter sur des points de vue, qu’il s’agisse des nôtres ou des leurs.

La liberté, c’est peut-être de créer des points de vue sur un horizon infini.

Thi Bich